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Date:30/10/2
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29/10/2 Gala du réveillon partie 1
Les navettes s’arrêtent une à une devant les grilles monumentales du château de Sétia tandis que les premiers invités descendent, enveloppés par l’air frais de la nuit et par la lueur chaleureuse des centaines de lanternes suspendues tout autour de l’esplanade. Le château, entièrement paré d’or et d’argent, scintille autant que les vêtements des invités : chaque tour, chaque balcon, chaque fenêtre sont décorés pour l'occasion.
À l’extérieur, une vaste scène a été installée sous un immense dôme à moitié translucide, dressé spécialement pour l’occasion. Les tentures aux reflets métallisés ondulent doucement au-dessus de la piste, tandis que des guirlandes lumineuses courent le long des structures. Quelques notes de musique s’élèvent alors que les ingénieurs du son peaufinent leurs derniers réglages.
En franchissant les portes du château, les visiteurs découvrent la grande salle ornée de multitudes de miroirs, transformée pour accueillir le banquet du réveillon. De longues tables élégamment dressées occupent l’espace, couvertes de nappes claires rehaussées de décorations dorées et argentées. Des chandeliers diffusent une lumière douce, invitant les convives à prendre place.
Cette année encore, diverses animations attendent les visiteurs. Des notes de violon s'élèvent alors qu'apparaît
Hrago, assis confortablement dans un coin de la pièce,
offrant aux invités de jouer leurs morceaux favoris.
À l’écart de la musique et des lumières trop vives, un stand de prévention se dresse comme un endroit nécessaire au cœur de la fête.
Amanda y tient sa place avec une douceur ferme, celle qui ne juge pas mais qui alerte.
Des flyers passent de main en main, des mots simples, clairs, jamais moralisateurs.
Elle parle de limites, de corps, de choix. Elle propose aussi des groupes de parole pour ceux qui en ressentent le besoin.
Et pour marquer les esprits, elle invite les volontaires à tenter un petit parcours ludique mais troublant,
lunettes déformantes sur le nez, gestes hésitants, rires nerveux. L’illusion fait sourire, mais le message reste limpide : alcool et drogues transforment la perception, et conduire les navettes dans ces conditions n’est jamais un jeu.
Juste à côté, Orion veille.
Toujours avec son éternelle blouse blanche au dessus de sa chemise de soirée.
Calme au milieu de l’agitation, il soigne les petits bobos de la soirée : une coupure, une cheville fatiguée, un malaise léger, parfois simplement quelqu’un qui a besoin de reprendre son souffle. Ses gestes sont précis, rassurants, presque invisibles tant ils vont de soi. Il écoute autant qu’il panse, pose une main, un regard, un mot juste.
Ensemble, ils tiennent ce stand discret mais essentiel. Un rappel que célébrer le passage à la nouvelle année, c’est aussi prendre soin des autres, et de soi.
Non loin,
Nyxiel propose à ceux qui le veulent un tatouage éphémère.
Ces derniers réagiront aux lumières UV de la scène extérieure, promettant de belles arabesques lumineuses sur les invités. Elle en profite pour distribuer la carte de son salon de tatouage, business is business.
En parlant de business, le long de la salle de bal, aux côtés des exposants, se trouve un stand dont la couleur se fond avec élégance dans le décor du château. Une robe trône, centrale, scintillante, luxueuse sur un buste de couture près d'une table où attendent des flûtes de champoirdine. Une seconde table se trouve un peu en retrait, servant de support à une pile de mouchoirs brodés, un croquis de mode encadré et un présentoir à bijoux portant une rivière de perles. En fond, complétant la scène, une paire de rideaux offrent un espace plus à l'abri des regards, invitation discrète aux essayages.
Devant le stand, Love se tient droite et fière, une main derrière le dos de Nala,
les deux woltariennes portant la même robe que celle présentée, dans une volonté de mettre son amie en avant. Nala est un peu mal à l'aise face à l'attention qui lui est portée mais elle prend une inspiration et sourit puis s'avance afin d'accueillir chaque personne avec autant d'élégance que possible. Love, maintenant en retrait, dans une posture d'assurance distinguée observe chaque invité.e de haut en bas et de bas en haut en sirotant sa champoirdine.
Nala s'avance vers un.e invité.e
-Bonsoir, Bienvenue sur le stand...
Love l'interrompt en analysant la tenue de la personne qui s'est approchée:
-Boutique éphémère.
Elle hausse un sourcil dédaigneux en regardant les stands alentour. Nala se reprend:
-Oui, la boutique éphémère Lolombe Haute Couture. Ce soir nous vous proposons de découvrir le prototype de notre nouvelle tenue, adaptée à toutes les morphologies, que vous pouvez essayer sur place. Nous sommes aussi très heureuses de vous offrir une coupe de champagne et un mouchoir brodé en exclusivité par nos couturières pour ce gala.
Bienveillante, elle tend un délicat mouchoir de coton brodé et une coupe de champoirdine avant de compléter:
Vous aurez également l'opportunité d'un petit cours de mannequinat par Love Lolombe qui vous propose d'apprendre à poser avec assurance et grâce.
Au milieu du tumulte du festival, là où les rires s’entrechoquent et où les pas se croisent sans vraiment se voir,
Kazuko Nakamura s’impose comme un point d’ancrage.
Derrière son stand de tireuse de bonne aventure, la matriarche ne cherche pas à attirer : elle est. Dos droit, carrure affirmée, elle observe la foule avec un calme assuré, une aisance tranquille qui impose naturellement le respect.
Les cartes glissent entre ses doigts avec une rigueur mesurée, sans emphase ni artifice. Rien n’est laissé au hasard : un silence posé, un regard appuyé, une pause volontaire. Son visage, parfois traversé d’un détail presque insolent, laisse deviner une intelligence toujours en mouvement, attentive à ce qui se joue au-delà des apparences. La proximité des curieux ne l’atteint pas ; elle l’accueille, simplement, comme une évidence.
-Bien le bonsoir, jeunes curieux. Avec une pincée de courage de votre part, les astres pourraient bien répondre à vos questions...
Elle dépose une carte sur la table. Le geste est sûr, fluide. Son regard se lève, doux mais lucide, invitant à s’approcher sans promesse... seulement avec sincérité.
Dehors, non loin des jardins, une silhouette aux teintes lavande se distingue par son calme presque surnaturel.
Shizuka Nakamura, jeune Woltarienne de dix-huit ans, semble exister dans une bulle de douceur à l’écart de la fête.
Installée derrière son chevalet, elle contemple les lueurs du ciel avec ce regard perdu qui la caractérise tant. Pour elle, chaque ombre et chaque éclat de rire est une couleur qui ne demande qu'à être posée sur la toile.
Elle a beau rêver de devenir une artiste reconnue, sa profonde gentillesse l'emporte toujours sur son ambition : elle ne cherche pas seulement à peindre des visages, mais à capturer l'âme de ceux qui croisent son chemin. Lorsqu'elle remarque une présence près de ses pinceaux, ses oreilles frémissent et ses grands yeux émeraude s'animent d'une lueur chaleureuse.
-Oh ! Veuillez m'excuser, je... je regardais les étoiles danser sur les verres. Je m'appelle Shizuka. Est-ce que vous accepteriez de m'accorder un petit moment de votre soirée ?
Elle tapote doucement le rebord de sa palette, où les pigments s'entremêlent déjà en une danse chromatique.
-Je ne suis peut-être pas encore une grande artiste, mais j'aimerais beaucoup peindre votre portrait. C’est ma façon à moi de célébrer ce passage à la nouvelle année... en gardant une trace de votre lumière. Allez-y, installez-vous, je vous promets de mettre tout mon cœur dans chaque coup de pinceau !
Un sourire timide mais sincère vient souligner son invitation, alors qu'elle s'apprête déjà à immortaliser le premier souvenir de la nuit sur sa toile.
Les invités se pressent entre les différents stands, que ce soit les curieux qui ont rejoint Shizuka à l'extérieur, où ceux qui ont plutôt jeté leur dévolu sur les robes de Love et Nala. Un grésillement fait place à une voix bien connue.
Ceux qui sont à l'intérieur de la grande salle voient apparaître Dolce, l'organisatrice.
Elle s'adresse aux invités d'une voix claire et chantante.
-Bienvenue à tous ! Comme chaque année, je vous remercie sincèrement d'avoir répondu présent à cette invitation ! Je suis ravie de pouvoir participer à cette nouvelle édition avec vous tous ! J'en profite également pour remercier ce délicieux Askem qui a encore désigné ma robe cette année ! Celle du gala de l'an dernier fait fureur dans sa boutique, quelle fierté !
Elle s'éclaircit la voix avant de continuer :
-Comme d'habitude, n'hésitez pas à passer entre les différents stands. Que ce soit seul, ou... Accompagné ! En effet, cette année j'ai fait appel à une superbe woltarienne pour aider les personnes seules à trouver un partenaire pour cette soirée.
Elle fait signe à quelqu'un de la rejoindre sur scène.
Une woltarienne rouge vient se camper à ses côtés alors que la maîtresse de cérémonie continue :
-Merci Sheryl pour ton aide précieuse durant ce jumelage ! Je n'aurais pas pu y arriver seule, et j'espère que les jumelés en question auront trouvé leur partenaire !
D'un regard complice, Sheryl s'écarta pour laisser à nouveau Dolce parler.
-Bien ! Je ne vais pas plus vous embêter. Vous trouverez en divers endroits le programme des différents spectacles. Je ne viendrai plus vous embêter entre chaque numéro comme les deux éditions précédentes. Je ne voudrais pas voler la vedette à nos artistes ! Sur ce, passez une excellente soirée, et nous nous retrouverons à minuit pour le compte à rebours et le tirage de la grande tombola !
Ayant dit, elle descendit de la scène, sous quelques applaudissements auxquels elle répondit par un sourire chaleureux.
Les invités festoyaient au banquet installé pour l'occasion alors que la salle s'assombrit. Les trois coups retentissent, et le rideau s'ouvre.
Le décor représente au tout premier plan de l'eau argentée qui bouge de gauche à droite et bas en haut, et derrière la proue d'un bateau ancré. Sur le bateau, deux woltariens : le capitaine, un woltarien bleu, âgé, et une woltarienne violette à ses côtés, affublée d'une canne et de lunettes. Les deux observent la mer, un verre de whiskey à la main.
— Capitaine, nous avons traversé ensemble les océans, les tempêtes et les orages. Vous êtes l'homme en qui j'ai le plus confiance.
— J’en suis honoré, madame.
Elle boit une gorgée de son verre.
— Si aujourd'hui, je vous demandais une chose absolument impossible, et que vous deviez me faire une confiance absolue, le feriez-vous ?
Son air devient grave. Le capitaine semble un peu mal à l'aise.
— Je suppose, oui.
— Dans ce cas, promettez de faire ce que je vous demande et n'essayez de m'en empêcher, sous aucun prétexte.
Un petit silence.
— Je le promets.
Elle se relève.
— Avant tout, je vais vous raconter mon histoire.
Face au public, la woltarienne violette ressasse son passé. Née soixante-dix ans plus tôt, elle avait toujours rêvé de naviguer, comme son père. Ce fut son cadeau pour ses douze ans, lorsque son père l' autorisa à venir à la pêche avec lui, sur son magnifique bateau. Mais alors qu'elle se pencha au-dessus de la proue pour observer le fond de l'eau, elle remarqua une ombre immense, que son père n'arriva jamais à voir. C'était le K, un monstre mythique qui ne se montrait qu'à la proie qu'il chassait. Son père la ramena aussitôt sur la terre ferme et l'empêcha de monter à nouveau sur un bateau.
Lorsque son père mourut, elle reprit l'affaire familiale (sa mère n'avait pas été mise au courant), et elle continua à pêcher, faisant prospérer l'entreprise et gagnant plus que son père n'aurait jamais imaginé. Mais la présence du K, perpétuelle, l'empêchait de profiter de cette fortune et la renommée qui venait avec. Dès qu'elle posait pied sur terre, elle ne pensait qu'à retourner sur la mer, et dès qu'elle y était, elle ne songeait qu'à la menace du K.
— Mais voici, Capitaine. Je suis à présent vieille, j'ai usé mes années à fuir sans profiter de mes années. J'ai gagné des fortunes mais n'en ai jamais jamais profité. Je n'ai jamais connu de mari, d'enfants, de répit, je n'ai connu que l'éternelle fuite face à ce monstre qui me ramenait sans cesse à lui. Vous m'avez fait une promesse plus tôt, Capitaine.
Le Capitaine comprend enfin la teneur du serment qu'il a fait. La woltarienne continue.
— Il m'a escortée d'un bout à l'autre du monde avec une fidélité que même le plus noble ami n'aurait pas témoignée. Maintenant je suis sur le point de mourir. Lui aussi doit être terriblement vieux et fatigué. Je ne peux pas tromper son attente.
Une chaloupe apparaît de derrière le bateau, et la woltarienne s'y installe, avec un harpon.
— Maintenant, je vais aller à sa rencontre ! Il est juste que je ne le déçoive pas. Mais je lutterai de toutes mes forces.
Quelques coups de rames, le bateau est tiré vers la gauche, disparaissant de la scène, et laissant seule la chaloupe au milieu des flots. Lorsque le bateau a complètement disparu, la woltarienne jette les rames dans l'eau, et un woltarien en costume noir sort des flots, avec une énorme gueule et un aileron dans le dos.
— Je me suis décidée à venir à toi, et maintenant, à nous deux ! Déclame la woltarienne en brandissant le harpon.
À sa surprise, le K lui répond d'une voix suppliante.
— Bouhouhou… Quel long chemin j'ai dû parcourir pour te trouver ! Moi aussi je suis recru de fatigue… Ce que tu as pu me faire nager ! Et toi qui fuyais, fuyais… dire que tu n'as jamais rien compris !
— Compris quoi ?
demande la woltarienne, piquée.
— Compris que je ne te pourchassais pas autour de la terre pour te dévorer comme tu le pensais. Le roi des mers m'avait seulement chargé de te remettre ceci.
Et il dévoile une magnifique perle argentée, qui brille de mille feux sous le spot de lumière.
La woltarienne la prend, la regarde, et comprend :
— C'est… C'est la Perle de la Mer, qui donne à celui qui la possède Fortune, Puissance, et Paix de l'âme… Hélas ! Il est trop tard désormais, quelle pitié… j'ai seulement réussi à gâcher mon existence et la tienne…
— Adieu, ma pauvre femme…
Et le K plonge à jamais dans les eaux sombres. La woltarienne considère la perle dans sa main.
— J'ai fui mon destin toute ma vie, refusant de l'affronter par peur des conséquences. Qui suis-je ? Qui ai-je été ? Comment pourrai-je le savoir, je ne peux me définir que par cette obsession et cette peur qui m'ont étreint toute ma vie. Si quelqu'un pouvait m'entendre, et malheureusement plus personne ne le pourra, je leur dirai de faire face à leur sort, qu'on ne gagne jamais à l'esquiver, car c'est seulement aujourd'hui, au crépuscule de ma vie, j'ai enfin la paix de l'âme que j'ai toujours recherchée.
La woltarienne s'asseoit dans le bateau, la perle toujours en main, et la jette à l'eau, pendant que le rideau se ferme.
(Adapté du K de Dino Buzzati)
Le rideau se rouvre quelques minutes plus tard, sur une woltarienne bleue. Un hologramme s'allume, laissant apparaître un woltarien qui lui ressemble trait pour trait. La jeune femme, que certains reconnaîtront comme Ebony, chanteuse du groupe Ed&Bony, plutôt reconnu sur Woltube. Son frère, Edwin, avait disparu quelques années plus tôt.
La jeune femme entonne
une chanson pleine d'émotions, rongée par des sentiments
qui ne demandaient qu'à sortir, accompagnée à la guitare par cet hologramme de son frère, dernière prouesse du centre technologique de Sétia.
Après avoir chanté son dernier couplet, les larmes aux yeux,
elle s'incline simplement et disparaît de la scène alors que les rideaux de cette dernière se ferment, avant de se rouvrir, quelques minutes plus tard.
Loona arrive sur scène la première, habillée d'une longue robe violette sombre. Elle adresse un sourire au public avant de se tourner vers les coulisses avec un regard encourageant adressé à la personne qu'on ne voit pas encore.
La jeune Lux la rejoint alors d'un pas hésitant dans une longue robe simple couleur émeraude.
Les deux woltariennes gagnent ensemble le centre de la scène où un piano a été installé. La jaune indique à la plus jeune de s'installer sur un des tabourets avant de s'assoir sur le sien. Toute la scène se passe en silence, avec seulement le chuchotement de quelques spectateurs.
A nouveau, les deux femmes se regardent et après un mouvement de tête presque imperceptible de Loona, Lux pose ses mains sur le clavier.
La beige inspire avant de commencer à jouer les premières notes du
morceau
. Loona la rejoint pour accompagner la mélodie dans un morceau joué à 4 mains.
L'harmonie est parfaite, le talent de Lux accompagné de la maîtrise de Loona.
On aurait pu croire que les deux musiciennes jouaient ensemble depuis des années.
Les dernières notes de piano s'éteignent doucement, résonnant encore un peu dans la salle. Le silence s'installe comme si la magie flottait encore, avant que les premiers applaudissements retentissent petit à petit pour gagner toute la salle.
Loona se lève, invitant Lux à faire de même.
La jaune et la beige saluent ensemble leur public avant de regagner discrètement les coulisses.
...
C'est l'instant. Toute l'énergie de la foule s'est transformée en un silence pesant, un vide parfait où l'attention est concentrée sur la scène. La musique se lance. Une réinterprétation plus sombre, plus dramatique d'un classique de l'enfance de Felix, qui l'a accompagné dans bien des moments difficiles.
Un voile blanc s'étend sur la scène, éthéré, élégant, et rapidement il laisse place au danseur. La musique l'enveloppe comme si elle ne faisait qu'un avec lui. Elle le porte à travers une chorégraphie simple, qui semble couler de source, mais qui exige une précision et un travail immense.
Ses mouvements ne traduisent pas seulement une danse, ils essayent de raconter quelque chose de symbolique et de profond. Quelque chose que les gens ressentiraient dans leur corps, dans leur âme. Cette sensation d'être pris au piège, de se débattre. Puis d'être libéré par la musique.
La silhouette a l'air de flotter, de ne faire qu'un avec la scène et l'air qui l'entoure,
à la fois ancrée au sol et lancée dans les airs. Le temps est suspendu, et la courte performance semble être à la fois infinie, et ne durer que le temps d'un battement d'aile de papillon.
Quand la dernière note retentit et que le corps s'immobilise enfin, le temps reprend lentement son cours. Felix sourit alors que la salle plonge dans l'obscurité, et salue avec un enthousiasme presque enfantin lorsque les lumières se rallument.
Les rideaux sont refermés depuis longtemps, maintenant. Un moment passe, comme si quelque chose de phénoménal était en train d'être installé sur la scène intérieure.
Les lumières se tamisent, et le coeur de Gin s'emballe quand il sent l'heure de son spectacle approcher, museau pointant à peine depuis les coulisses. La foule, les woltphones qui clignotent, l'ambiance électrique du gala... toute cette immense responsabilité le frappe en pleine poitrine comme un sac de briques. Respire. Respire, se rappelle-t-il à mi-voix.
Et puis, son nom est appelé.
Le morceau musical démarre, tout doucement, mixé par les soins d'Ido,
son coach venu tout droit de Kasihonjō et dont le rose avait fait la connaissance... "opportune", au moment "opportun" pour enfin oser se lancer dans ce rêve de toujours. Cette passion inassouvie pendant si longtemps. Cet unique désir glorieusement impossible, pour lequel il ne lâcherait jamais prise...
Le patinage artistique.
Gin s'élance comme une flèche hors des coulisses et sur la scène montée d'une piste de glace rien que pour lui. Il n'entend ni les applaudissements, et la musique - à peine un bruit de fond sous les battements furieux du sang à ses tempes. Pourtant, son coeur est... étrangement calme. Son premier saut axel est un sans faute. La foule glapit, impressionnée. Et cette première réussite, ces premiers regards pétillants qu'il croise dans la foule le plongent dans une transe extatique, qui
s'empare de son corps tout entier.
Gin ? Gin n'est plus.
A la place, une biche aussi délicate que féroce se déchaîne sur la scène.
Les éclats de glace virevoltent sous les lames de ses patins.
Frrrsh ! Frrrrrsh !
Les strass dorés de son costume s'enflamment tels des larmes de feu sous l'unique spotlight braqué sur son sillage. Son maquillage pailleté rend son regard encore plus profond, et intense quand il le porte sur la foule... qu'il ne voit plus.
Gin a transcendé la foule. Le gala. Setia. Ce plan astral.
Quand la musique s'arrête, le jeune mâle est ramené sur la terre ferme aussi
brutalement
que
douloureusement
. Son coeur cogne contre ses côtes. Le souffle lui manque, ses poumons gonflés remontant dans sa gorge. Ses larmes coulent à flots; des petites rivières de paillettes qui glissent, toutes chaudes encore, sur ses joues lisses, finissant dans les petites moustaches effilées qui, malgré la maladie génétique dont il était souffrant, avaient poussé au fur de sa vie sans jamais atteindre la quantité foisonnante d'un "vrai woltarien".
Gin hoquète.
Crache.
Pleure.
Oreilles battant en folie pendant que ses doigts lacèrent sa poitrine, le tissu fin de son costume brillant.
Ressent tout l'éventail d'émotions longtemps réprimées et enfin
libérées
.
Et une
viscérale
agonie de ne pouvoir aller plus loin, ou plus longtemps; de ne pouvoir plonger dans cette transe extatique encore une fois. La faute au morceau de musique trop court, et la faute tout simplement aux limitations physiques de son corps de woltarien.
Avant de patiner en direction des coulisses, Gin redresse son petit menton tremblotant encore, et remercie le public en portant ses pattes à sa poitrine.
"Merci, merci... merci..."
répète-t-il à mi-voix, sous les applaudissements enjoués, et quelque peu émus de certains spectateurs. Un dernier hochement de tête. Un dernier remerciement, du fin fond de son petit coeur comblé, pour la première fois de sa vie. Et puis, enfin, Gin patine tout doucement hors de la scène. À jamais... transformé par l'expérience.
Un carillon annonça l'arrivée du dessert. Encore une fois, ce dernier fût servi par Leila Blossom, pâtissière reconnue.
Un immense gâteau fait son apparition, présenté par la cheffe.
Lorsque les invités goûtent enfin à la création de Leila, un murmure de surprise parcourt les tablées. Sous le glaçage étincelant d'or et d'argent se cachait une dacquoise à la noisette d'une finesse absolue, dont le croquant au praliné contrastait avec la légèreté d'une crème infusée au champagne. C’était une explosion de saveurs à la fois chaleureuses et festives, une véritable signature de la "Blossom" qui marquait son grand retour à Sétia.
xxx
Suite dans l'article suivant ⬇️
29/10/2 Gala version blog - Partie 2
Après le dessert, les invités furent dirigés vers le dôme, à l'extérieur, qui abritait la scène de concert. Les plus frileux pouvaient choisir de rester au chaud et de regarder la retransmission des différentes performances à l'intérieur de la salle de réception.
Dissimulés dans la pénombre, au centre de la scène extérieure,
la musique semble sortir de nulle part et partout à la fois.
Dans le même temps, deux silhouettes se mettent en branle.
Mikael et Moona Shiro avancent d'un même mouvement vers une corde qui semble pendre depuis le néant.
La danseuse au pelage beige pose une main sur le coeur de son époux avant de regarder la foule puis d'effectuer une première pirouette élégante.
Derrière elle, Mikael fait de même, plus discret, moins expansif dans son mouvement: celle qui est mise à l'honneur, sur le devant de la scène, c'est son épouse, la lumière est pour elle. Alors qu'elle danse souplement, captivant les regards par sa grâce, le woltarien bleu se prépare, prend son élan, décolle, tourbillonnant dans les airs avec légèreté. Il bascule, tête en bas, sa posture se faisant l'inverse de celle de Moona. Il finit par rejoindre souplement la terre ferme et ouvre ses bras. Les regards s'accrochent, un sourire confiant flottant sur les visages des deux époux dont l'alchimie et le lien transcendent la scène. Dans les bras de son partenaire, tel un ange, la danseuse s'envole enfin. Le duo enchaine les postures acrobatiques, aussi légers et à l'aise dans les airs qu'un chamoiseau. Suivant le rythme de la musique, ils dansent, se poursuivent, s'envolent presque jusqu'au dessus des têtes des spectateurs. Ensemble, ils forment un, un duo harmonieux qui se fond dans la musique jusqu'à se figer ensemble alors que la dernière note s'éteint.
Alors que les lumières s'éteignent sur le passage précédent, c'est en toute discrétion que deux silhouettes prennent place sur la scène. Les lumières dévoilent alors Arya qui est accompagnée d'un jeune guitariste au pelage jaune vif. Ils saluent ensemble le public d'un regard chaleureux et chacun prend sa place ; Auron assis sur un tabouret en bois et Arya face au micro.
- Bonsoir Sétia ! C'est toujours un plaisir de retrouver la scène et surtout vous. Je tiens à vous présenter une chanson qui va figurer sur mon album, Dead or Alive, et qui sortira très prochainement. Profitez un max de cette soirée !
Assis confortablement, Auron lance
les premières notes
en même temps que la luminosité s'affaiblie pour plonger la salle dans une ambiance mélancolique. Arya tient fermement le micro d'une main alors que l'autre est posée contre sa poitrine et sa voix s'élève enfin ; douce et pleine d'émotion. Sa voix semble caresser l'espoir fragile d'une attente particulière, d'un signe. Une balade lente offerte au public, comme un cri du coeur.
In the eye of the storm... Seek the roses along the way...
Bien malgré elle,
quelques larmes perlent sur ses joues
, sa voix tenant les notes, sans jamais vaciller. A ses côtés,
Auron demeure imperturbable
et tient à soutenir la rythmique calme et envoutante pour faire de ce moment un instant suspendu entre tristesse et confession.
La voix de la rouge se meurt dans les notes de guitare et sonne la fin de la prestation. Les lumières ressurgissent doucement dans la salle, permettant à l'assemblée de revenir au moment présent.
- Merci à vous ! Je voulais vous présenter Auron, qui m'accompagne ce soir et qui fait désormais parti de l'équipe !
Le mâle s'approche de la scène, tire une révérence au public en arborant un sourire bien plus taquin. Il s'empare finalement du micro, passant son bras autour des épaules d'Arya.
- Héééé bonsoiiiiiiiir! Déso', on a oublié d'fournir les mouchoirs, ahahah ! J'espère qu'ça vous a plu et SURTOUT, oubliez pas d'vous ruez sur l'album qui va sortir, vous allez voir c'est une DIN-GUE-RIE. DES BISOUS !!
Auron salue le public de la main et retourne dans les loges en laissant la parole à Arya.
- Et on oublie pas de remercier Dolce et Sheryl pour cet événement ! A bientôt et place à la suite !
La scène revenue au noir, à chaque première note précédant une voix qui s'élève dans l'air : un spot de lumière s'allume dans un "CLAC" sonore.
Marquant le rythme, puis, repris, par la batterie de la musique.
Isaac s'avance, dans des habits victoriens déchirés, négligés, une vieille chemise à lacet ouvrant sur son torse rouge et son maquillage foncé, noir, qui, par la sueur et la légère bruine et brume qui se déverse sur scène annonçant dans son chant, une grande erreur qu'on faisait à ce moment même. Ses yeux ourlés de larmes factices, tendant une main vers le public, regardant vers les cieux de Sétia pour ce réveillon, dénonçant dans ses paroles cet amour "bafoué", que lui-même est devenu "l'ancien" d'une tradition...
Le choeur, reprend, vêtu de vêtements de temple, la tête basse, mis en lumière seulement quand ils accompagnent Isaac dans ses paroles. Isaac ne danse pas, il chante, livre, parle à ce public sans concessions, incarnant son personnage.
Et au refrain fatidique approchant, il lève un doigt à chaque élément que sa chanson a réunis jusqu'ici pour s'éteindre, brièvement, dans le silence, les bras en croix. Isaac met une main sur son coeur après avoir retiré son lourd manteau et fouille son pelage pour hérisser ce dernier, chasser la sueur et laisser de grandes traces noires sur ses joues et autour de ses yeux.
-Commencer l'année sur une telle chanson n'est pas de bon augure ! Je vous l'accorde, autant nous rappeler ce que nous préférons tous et toutes : DANSER !
La caisse claire démarre et la tête d'Isaac suit en rythme, comme désarticulée,
il la roule entre ses épaules, fait un tour sur sa pointe de pieds et ainsi, toute l'énergie de la scène qu'il envahit pour ce réveillon-ci, change. Irrémédiablement, il devient diable au coeur et corps, appelant à danser, son choeur de voix devient aussi débraillé que lui, une danse plus en rythme dans le fond, et lui qui lascif et provocant image des paroles de ce titre énergisant et provocateur pour cette nouvelle année qui est sur le point de débuter.
Si il n'y a ni huile, les corps sont humides, non pas seulement par la transpiration mais, aussi, par une fausse pluie qui goutte sur la scène et une danse plus que suggestive sur les danseurs venus le rejoindre. Entre ses couplets, Isaac dévoie sa langue bifide autour de ses crocs limés, ondule de son bassin contre un danseur ou un autre avant d'entonner la suite et fin de sa chanson avec plus de sérieux. Il se penche de la scène pour toucher quelques mains des wolt présents pour écouter tous les artistes venus au gala, encore une fois.
Il lève son micro à la fin, une nouvelle révérence, trempée jusqu'aux os et bien le premier à rendre le micro à l'hôte pour qu'elle annonce le prochain invité.
Un instant passe alors que les techniciens aident à installer divers instruments.
Les musiciens sont les premiers à monter sur scène pour s'installer,
suivi du chanteur
Cley Santrope
, un pelage sombre,
presque noir, éclairé simplement par les lumières des projecteurs. Habillé d'une simple chemise crème, contrastant avec son pelage. Légèrement entre ouverte, laissant apparaître sous l'éclat des rayons de lumière de multiples tatouages et piercings.
La première note résonne dans les enceintes à travers la salle, la voix graveleuse du chanteur se joint à la mélodie pour une première chanson. Certains spectateurs connaissent déjà le refrain, chantant à tue-tête avec lui. La foule se déhanche déjà sur la musique.
Après
cette première chanson
, le sombre remercie l'ensemble des invités, tout en détachant les boutons de sa chemise, qu'il laisse tomber au sol, laissant apparaître son torse. Certains hurlements d'excitation et de surprises du public arrivent jusqu'à ses oreilles souris, arrachant un sourire sur ses lèvres.
Puis une seconde musique se lance,
celle ci moins connue des foules, et pourtant tous sautent et chantent avec lui.
Le chanteur ne manque pas de lâcher quelques regards et quelques sourires aux invités au pied de la scène.
Une fois le second morceau terminé, le pelage sombre remercie une nouvelle fois son public, avant de récupérer sa chemise laissée au sol, qu'il pose simplement sur son épaule, il prit soin de remercier aussi les deux organisatrices pour leur travail. Laissant ensuite place au prochain artiste en descendant de la scène.
Mauricette est assise devant la coiffeuse de la loge N°9, sur le fauteuil derrière elle, un carton rempli de papier de soie, estempillé " Talie Blackrow " trône : il contient la tenue de scène de la jeune chanteuse, conçue spécialement pour la soirée du Gala. Le stress monte, alors qu'elle peaufine les derniers traits de son maquillage, et c'est en enfilant son corset clouté que la timide Mauricette laisse place à MoRi . On toque à la porte de sa loge, c'est à elle de monter sur scène.
Les lumières sont encore éteintes lorsqu'elle prend place, et
c'est au premier son de la batterie que les projecteurs se rallument,
illuminant la jeune chanteuse qui commence son numéro de chant, un morceau rock et dynamique.
Micro en main, MoRi se déchaine sur scène,
sautant d'un bout à l'autre, et laissant son public scander le refrain avec elle. Les dernières notes résonnent, la scène se plonge de nouveau dans l'obscurité, seuls restes les applaudissements du public, alors que MoRi regagne sa loge, laissant la place au prochain invité.
Ce dernier est un jeune chanteur. La première note qui s'échappe d'entre ses lèvres est une surprise pour les woltariens du premier rang.
Parce que la voix chaude et profonde comme chocolat onctueux ne semble pas
du tout
appartenir au jeune mâle si élégant mais aussi si... menu.
Où cachait-il donc cet instrument à vent
à proportions bombastic
? Impossible à comprendre, ou à concilier la voix grave avec l'apparence du jeune.
La première note falsetto, en revanche, surprends pour d'autres raisons... malheureusement. Et en apercevant les regards qui se plissent, les bouches qui se tordent - Ryder est aussitôt désarçonné par les réactions de la foule. Parce que sa note haute avait été discordante; il était trop nerveux, et n'avait pas prêté attention au registre. Non. Nonononon ! Pas à son premier chant pour une foule qui dépassait
enfin
la taille d'un bar en fin de matinée !
Attrapant le microphone d'une patte sûre, le brun ferme les yeux, son regard sanguin disparaissant pour ne laisser derrière que le croissant de lune sanglant.
Il chasse les visions de tous ceux qui s'étaient moqués de sa mèche ridicule tout au long de sa vie.
De sa grosse truffe. Ou des expressions ridicules qu'il ne peut s'empêcher d'avoir chaque fois qu'il chante, et quand il ressent les paroles jusque dans la moelle de ses os.
"T'devrais porter un sac sur la tête, p't'être qu'avec ça, t'aurais enfin un peu d'charme !? Hahahahahahahahahahahahahahahahah !"
"And I know, I know I am what I am
The mouth of the wolf, the eyes of the lamb
So darling, will you saturate ?"
Sa voix grave est amplifiée; s'élève comme un grognement de woltarien préhistorique. Primal. Le groupe de musiciens qui l'accompagne, live, avaient créé l'arrangement musical durant les répétitions. Ryder n'a encore jamais joué avec un groupe, mais l'effet était indéniablement meilleur que de chanter
a cappella
en solitaire. Quel dommage que les artistes soient tous des pro, engagés par les organisatrices, et qu'un novice comme Ryder ne pourrait se permettre de solliciter à volonté.
Ryder chante avec son corps tout entier. Grimace les paroles. Ses oreilles plaquées jusque dans son cou de tension. Il déforme ses lèvres, sa truffe; langue jaillissant comme s'il était électrocuté. Laid au possible - un instrument vivant par lequel la musique passait, et cassait chaque lignes droites de son corps.
"Nobody can say for certain
If maybe it's all just a game
When I open my eyes to the future
I can hear you say my name"
La dernière note - juste un souffle d'outre-tombe:
"rain down on me..."
se termine avec une fausse note finale, involontaire encore, juste parce que la chanson avait été longue et le brun n'a pas encore les poumons développés pour tenir aussi longtemps sans s'essouffler.
Mais "rien à foutre" - le mâle ne s'attarde pas sur la boulette puisque beaucoup plus important arrive enfin: LES APPLAUDISSEMENTS, rien que pour lui, et l'adulation de ceux et celles qui n'avaient pas été totalement répulsé par son apparence et ses manies.
Déjà, Ryder bondit à l'avant de la scène pour envoyer des baisers volants à toutes et à tous. Saluant la foule, et recevant l'attention en retour, bonne ou mauvaise, comme un bain de soleils inopiné en plein hiver. Prenant quelques poses pour les caméras tel une diva sur le tapis rouge. C'était peut-être la dernière fois qu'il avait la possibilité de chanter devant toute la ville, alors, autant en profiter au maximum !!
Après quelques instants, la scène est dressée pour accueillir un ensemble rock : la batterie trône au centre, fière, étincelante, une basse et une guitare déjà montées à ses côtés, un micro aux devants. Trois musiciens font leur entrée, mais sans la fanfare habituelle pour laquelle ce groupe est connu. Les mines des trois mâles, chacun vêtu d’un complet qui complimente son pelage, laissent entendre qu’il se passe quelque chose en coulisses. Et puis… leur lead manque à l’appel.
Les jumeaux Hikaru s’installent à la batterie et à la basse, l’un cherchant visiblement ses baguettes inexplicablement disparues, grimaçant ensuite devant l'état du drumkit dont il est censé se servir, l’autre exprimant une incompréhension claire devant sa basse qui ne semble pas s’accorder correctement. De son côté, Eddie s’affaire autour de l’unique guitare, les traits tout autant tirés que ceux de ses collègues. Moues théâtrales, gestuelles énervées puis lasses, soupirs, et toujours pas de lead.
Anthony débarque alors sur scène de manière assez brusque et totalement atypique lorsqu’on connaît ses foulées normalement fluides et assurées. Le bassiste et le guitariste l’embarquent dans une conversation qu’ils sont seuls à entendre pendant que le batteriste continue son manège en arrière-scène. Les haussements d’épaules dirigent la discussion chauffée, personne ne comprend ce qui arrive : il manque une guitare, des baguettes, et les instruments déjà présents ne font absolument pas l’affaire.
Le percussionniste refait alors surface en avant-scène dans un tintement de tambourine assez peu subtil, posant un cajon au sol de manière nonchalante avant de s’asseoir sur l’instrument de bois. Il tapote un rythme quelconque dessus comme s’il le testait. Les trois cordistes s’interrompent à ce moment, suivant du regard le trajet inverse du gris, allant finalement eux aussi fouiller cette fameuse arrière-scène. Eddie revient avec un nouvel instrument à cordes qui semble sortir d'un autre univers pendant que son collègue découvre l’ancêtre de l’accordéon. Ils se positionnent autour du cajon, testant leurs trouvailles. Anthony, lui, revient complètement bredouille. Il observe les trois autres clowns, un sourcil levé.
Eddie prend alors le dessus sur les autres avec quelques accords qui se veulent rock, mais qui font plutôt médiéval. Il finit par lancer un regard à ses collègues, qui haussent une fois de plus les épaules en guise de réponse. Le band ne tarde plus,
débutant le numéro avec un coup à l’unisson
mené par Eddie. Les musiciens arborent tous des mines ultra sérieuses, pas la trace d’un sourire. Ces conditions ne sont point idéales, mais… Ils feront avec ce qu’ils ont.
Anthony soupire. Comment il se fait abandonner… Il se met alors à fouiller sur sa personne, comme s’il espérait vraiment trouver une solution dissimulée dans son veston. Il semble pourtant que Pala entende son désespoir, car l’ondulé fait apparaître une flûte qu’il détaille d’un oeil perplexe. Acceptant rapidement son sort, il pousse un profond soupir, sa gestuelle affirmant son exaspération. Il porte sans plus attendre le vent à ses lèvres dépourvues de sourire, le tenant de côté, rejoignant les autres instrumentistes dans cette version taverne de Through the Fire and Flames.
Le rythme se coule malgré tout une place dans les veines des artistes, chacun s’abandonnant à cette musique qu’ils créent ensemble, leurs mouvements unis ajoutant un peu de peps à leur présence sur scène alors que leurs expressions demeurent de marbre.
Le prétendu flûtiste entame sa première ligne vocale en soliste,
son corps entier suivant la mélodie qu’il chante en un style très clair et articulé. Ses vocalisent portent facilement au-dessus des autres instruments sans pour autant perdre de leur douceur, comme la voix bien contrôlée d’un chanteur le ferait. Le tatoué se permet même de s’amuser sur quelques fioritures précisément stylisées, replongeant sans doute ceux qui avaient assisté à la soirée Halloween dans un mood aventurier et enchanteur. Ce n’était d'ailleurs pas trop éloigné des festivités présentes qui marquaient le dernier chapitre d’une grande aventure, et les premières pages de la prochaine.
Malgré les têtes totalement stoïques des simili-bardes, il est facile de comprendre qu’au fond, ils s’amusent tout autant que si c’était une de leurs prestations régulières. Comme toujours, Anthony est celui qui tient le moins en place même s’il se montre beaucoup plus statique qu’à son habitude. Son corps entier participe à la performance, comme s’il n’est qu’une extension de la flûte. L’énergie des artistes déborde dans cette musique aussi joviale que dansante, invitant les convives à imiter les wolts qu’ils ont en face et se laisser aller le temps d’une pièce. C’est la fête, l’occasion de lever un verre, de bouger !
Après avoir bien établi le thème, le band tombe dans un silence entrecoupé de rythme où la flûte occupe l’espace sonore, ouvrant la porte vers le solo de la seule corde restante avant qu’elle ne lui cède à nouveau la place. La pièce est finalement portée sur une conclusion verticale et coupée sec regroupant tous les instruments, leur dernière note résonnant encore quelques secondes dans la salle sous l’effet du dôme.
Les musiciens prennent leurs positions naturelles de repos, se jetant des regards peu impressionnés, hochant néanmoins la tête à tour de rôle. Ça passe. Ils sortent tous de scène avec le même sérieux incassable, revenant ensuite sans leurs instruments pour recevoir les applaudissements. Ils peuvent enfin afficher leurs réelles expressions : de grands sourires reconnaissants.
Sur scène, les musiciens suivants s’installent avec cette précision cérémonielle qui les caractérise quand l’émotion menace de déborder.
Yamaha s’avance le premier.
Sa peau violette accroche l’or comme une aube étrange, et ses yeux verts restent calmes, comme un ciel d’hiver résolu à ne rien laisser percer. Il ajuste sa sangle, effleure ses cordes et fixe un accord qui tremble avant de s'ancrer. À ses côtés, sa sœur Quinny pose ses doigts sur un clavier nacré. Elle ne regarde pas encore le public ; elle écoute déjà l’intérieur du morceau, puisant dans un souvenir qu’elle refuse de nommer.
D’autres silhouettes prennent place : des woltariens aux teintes lilas ou cendrées, visages pailletés d’argent et mains sentant la résine. Une batterie chromée brille comme un mécanisme sacré, tandis qu'un violoncelle électrique, noir et balafré d’un fil d’argent, attend son heure.
Et puis Shãron arrive.
Elle ne surgit pas : elle apparaît, comme si l’ombre se détachait du décor. Sa peau sombre boit les reflets. Ses yeux verts coupent l’or de la salle d’un seul regard. Elle s’arrête au centre, devant le micro, et le silence se tend jusqu'à rompre.
Elle inspire. La première note sort d'elle comme un aveu.
Sa voix ne cherche pas la beauté, mais la nécessité ;
elle chante comme on prie sans y croire, pour empêcher une blessure de saigner. Le rythme, lent et lourd, rampe sous la peau. Yamaha maintient le tempo avec une simplicité tranchante, tandis que Quinny tisse des halos argentés autour de cette voix de vaisseau, l'enveloppant pour mieux la retenir.
Shãron chante ce qui s'invite dans l'esprit avant le sommeil : l'absence, l'obsession, cette promesse qui mord.
Sous ses mots, la salle brillante devient un piège ; l'or se change en barreaux et l'argent en eau glacée.
Le batteur d'OMBRE, masqué, frappe sec.
C'est une procession. Yamaha, penché sur son instrument, semble refuser de voir ce que la chanson exige, alors que
Quinny lève la tête,
captant dans ses yeux bleus la ligne fine entre la demande et la supplication.
La voix de Shãron s'élargit enfin comme une marée. Elle ne réclame pas l'amour, mais la preuve : ce qui coûte, ce qui brûle. Yamaha change de jeu, ses accords deviennent nerveux, et Quinny ouvre des trous d’air où la voix peut s’engouffrer et plonger sous le vernis du décor. Shãron met au défi, habitée par une force qui la dépasse. Elle chante le sacré avec de la boue sur les doigts. Autour d'elle, l'or devient un incendie et le décor une couronne trop lourde.
Au sommet de l'explosion, elle laisse finalement tomber un souffle. Un fil de voix. Une ligne tracée au sol entre le confort et la vérité. Yamaha lève enfin les yeux, ses pupilles vertes rencontrant celles de Shãron dans une fraction de seconde de compréhension pure. Puis, la marée se retire. Shãron recule d'un pas, laissant le dernier son mourir.
Minuit approche dangereusement alors que la scène est débarrassée de ses instruments. Une silhouette apparaît, et c'est Dolce qui est enfin de retour, micro à la main.
-Rebonsoir, mes amis ! Nous allons procéder au tirage de la tombola avant que minuit ne sonne ! J'espère que vous vous êtes tous bien amusés ! Nos artistes vous raviront encore après minuit, si vous n'êtes toujours pas fatigués !
Une immense urne arrive sur scène, apportée par deux techniciens. Dolce y plonge le bras dix fois au total, et annonce les noms tirés au sort :
Esthya Gash, Saphir Chien, Violaine Lied, Bleue Cerise, Kozan Logan Trawolta, C-J Howell, Amarilÿs Mystère, Oryanna Rosberg, Kostas Sekhem et Varn Njima.
Les woltariens furent invités à rejoindre Dolce au bas de la scène pour qu'ils puissent régler les détails entre eux.
Après quelques instants, un écran géant descend sur scène, que ça soit à l'intérieur ou à l'extérieur. Un compte à rebours apparaît. Il est 23h59. Les secondes défilent... Il ne reste que 10 secondes avant le passage à la nouvelle année. Le public entonne le compte à rebours ensemble, de plus en plus fort et... Minuit sonne sous
les détonations d'un immense feu d'artifice.
Les invités s'embrassent, se souhaitent une bonne année alors que la maîtresse de cérémonie s'éclipse, laissant la liesse ambiante s'emparer de tout ce beau monde.
[Crédit dessin : MinEevee, Abiche, Cardya, Euphrate, Démosthène, Suzuka, Mysti, Poungou, Vyo. Certaines illustrations ont été réalisées à partir de l'IA.]
[Crédit textes : Abiche, Cardya, Euphrate, Démosthène, Suzuka, Mysti, Poungou, Vyo, Merry, Haku, Kachea, Ciana, Flo, Miloupinette, Phoenix, DreamingTrue, Leila, Louloutre.]
[Remerciements relecture : Miloupinette, Pixie, Abiche]