Date:11/2/3

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3/1/3 Rediffusion réveillon An 3 - Partie 1

Les navettes s’arrêtent une à une devant les grilles monumentales du château de Sétia tandis que les premiers invités descendent, enveloppés par l’air frais de la nuit et par la lueur chaleureuse des centaines de lanternes suspendues tout autour de l’esplanade. Le château, entièrement paré d’or et d’argent, scintille autant que les vêtements des invités : chaque tour, chaque balcon, chaque fenêtre sont décorés pour l'occasion.

À l’extérieur, une vaste scène a été installée sous un immense dôme à moitié translucide, dressé spécialement pour l’occasion. Les tentures aux reflets métallisés ondulent doucement au-dessus de la piste, tandis que des guirlandes lumineuses courent le long des structures. Quelques notes de musique s’élèvent alors que les ingénieurs du son peaufinent leurs derniers réglages.

En franchissant les portes du château, les visiteurs découvrent la grande salle ornée de multitudes de miroirs, transformée pour accueillir le banquet du réveillon. De longues tables élégamment dressées occupent l’espace, couvertes de nappes claires rehaussées de décorations dorées et argentées. Des chandeliers diffusent une lumière douce, invitant les convives à prendre place.


Cette année encore, diverses animations attendent les visiteurs. Des notes de violon s'élèvent alors qu'apparaît Hrago, assis confortablement dans un coin de la pièce, offrant aux invités de jouer leurs morceaux favoris.
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À l’écart de la musique et des lumières trop vives, un stand de prévention se dresse comme un endroit nécessaire au cœur de la fête.

Amanda y tient sa place avec une douceur ferme, celle qui ne juge pas mais qui alerte.
Des flyers passent de main en main, des mots simples, clairs, jamais moralisateurs.
Elle parle de limites, de corps, de choix. Elle propose aussi des groupes de parole pour ceux qui en ressentent le besoin.
Et pour marquer les esprits, elle invite les volontaires à tenter un petit parcours ludique mais troublant, lunettes déformantes sur le nez, gestes hésitants, rires nerveux. L’illusion fait sourire, mais le message reste limpide : alcool et drogues transforment la perception, et conduire les navettes dans ces conditions n’est jamais un jeu.

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Juste à côté, Orion veille. Toujours avec son éternelle blouse blanche au dessus de sa chemise de soirée. Calme au milieu de l’agitation, il soigne les petits bobos de la soirée : une coupure, une cheville fatiguée, un malaise léger, parfois simplement quelqu’un qui a besoin de reprendre son souffle. Ses gestes sont précis, rassurants, presque invisibles tant ils vont de soi. Il écoute autant qu’il panse, pose une main, un regard, un mot juste.

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Ensemble, ils tiennent ce stand discret mais essentiel. Un rappel que célébrer le passage à la nouvelle année, c’est aussi prendre soin des autres, et de soi.

Non loin, Nyxiel propose à ceux qui le veulent un tatouage éphémère. Ces derniers réagiront aux lumières UV de la scène extérieure, promettant de belles arabesques lumineuses sur les invités. Elle en profite pour distribuer la carte de son salon de tatouage, business is business.

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En parlant de business, le long de la salle de bal, aux côtés des exposants, se trouve un stand dont la couleur se fond avec élégance dans le décor du château. Une robe trône, centrale, scintillante, luxueuse sur un buste de couture près d'une table où attendent des flûtes de champoirdine. Une seconde table se trouve un peu en retrait, servant de support à une pile de mouchoirs brodés, un croquis de mode encadré et un présentoir à bijoux portant une rivière de perles. En fond, complétant la scène, une paire de rideaux offrent un espace plus à l'abri des regards, invitation discrète aux essayages.
Devant le stand, Love se tient droite et fière, une main derrière le dos de Nala, les deux woltariennes portant la même robe que celle présentée, dans une volonté de mettre son amie en avant. Nala est un peu mal à l'aise face à l'attention qui lui est portée mais elle prend une inspiration et sourit puis s'avance afin d'accueillir chaque personne avec autant d'élégance que possible. Love, maintenant en retrait, dans une posture d'assurance distinguée observe chaque invité.e de haut en bas et de bas en haut en sirotant sa champoirdine.
Nala s'avance vers un.e invité.e

-Bonsoir, Bienvenue sur le stand...

Love l'interrompt en analysant la tenue de la personne qui s'est approchée:

-Boutique éphémère.

Elle hausse un sourcil dédaigneux en regardant les stands alentour. Nala se reprend:

-Oui, la boutique éphémère Lolombe Haute Couture. Ce soir nous vous proposons de découvrir le prototype de notre nouvelle tenue, adaptée à toutes les morphologies, que vous pouvez essayer sur place. Nous sommes aussi très heureuses de vous offrir une coupe de champagne et un mouchoir brodé en exclusivité par nos couturières pour ce gala.

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Bienveillante, elle tend un délicat mouchoir de coton brodé et une coupe de champoirdine avant de compléter:

Vous aurez également l'opportunité d'un petit cours de mannequinat par Love Lolombe qui vous propose d'apprendre à poser avec assurance et grâce.

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Au milieu du tumulte du festival, là où les rires s’entrechoquent et où les pas se croisent sans vraiment se voir, Kazuko Nakamura s’impose comme un point d’ancrage. Derrière son stand de tireuse de bonne aventure, la matriarche ne cherche pas à attirer : elle est. Dos droit, carrure affirmée, elle observe la foule avec un calme assuré, une aisance tranquille qui impose naturellement le respect.

Les cartes glissent entre ses doigts avec une rigueur mesurée, sans emphase ni artifice. Rien n’est laissé au hasard : un silence posé, un regard appuyé, une pause volontaire. Son visage, parfois traversé d’un détail presque insolent, laisse deviner une intelligence toujours en mouvement, attentive à ce qui se joue au-delà des apparences. La proximité des curieux ne l’atteint pas ; elle l’accueille, simplement, comme une évidence.

-Bien le bonsoir, jeunes curieux. Avec une pincée de courage de votre part, les astres pourraient bien répondre à vos questions...

Elle dépose une carte sur la table. Le geste est sûr, fluide. Son regard se lève, doux mais lucide, invitant à s’approcher sans promesse... seulement avec sincérité.

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Dehors, non loin des jardins, une silhouette aux teintes lavande se distingue par son calme presque surnaturel. Shizuka Nakamura, jeune Woltarienne de dix-huit ans, semble exister dans une bulle de douceur à l’écart de la fête. Installée derrière son chevalet, elle contemple les lueurs du ciel avec ce regard perdu qui la caractérise tant. Pour elle, chaque ombre et chaque éclat de rire est une couleur qui ne demande qu'à être posée sur la toile.
​Elle a beau rêver de devenir une artiste reconnue, sa profonde gentillesse l'emporte toujours sur son ambition : elle ne cherche pas seulement à peindre des visages, mais à capturer l'âme de ceux qui croisent son chemin. Lorsqu'elle remarque une présence près de ses pinceaux, ses oreilles frémissent et ses grands yeux émeraude s'animent d'une lueur chaleureuse.

-Oh ! Veuillez m'excuser, je... je regardais les étoiles danser sur les verres. Je m'appelle Shizuka. Est-ce que vous accepteriez de m'accorder un petit moment de votre soirée ?

​Elle tapote doucement le rebord de sa palette, où les pigments s'entremêlent déjà en une danse chromatique.

-Je ne suis peut-être pas encore une grande artiste, mais j'aimerais beaucoup peindre votre portrait. C’est ma façon à moi de célébrer ce passage à la nouvelle année... en gardant une trace de votre lumière. Allez-y, installez-vous, je vous promets de mettre tout mon cœur dans chaque coup de pinceau !

​Un sourire timide mais sincère vient souligner son invitation, alors qu'elle s'apprête déjà à immortaliser le premier souvenir de la nuit sur sa toile.

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Les invités se pressent entre les différents stands, que ce soit les curieux qui ont rejoint Shizuka à l'extérieur, où ceux qui ont plutôt jeté leur dévolu sur les robes de Love et Nala. Un grésillement fait place à une voix bien connue. Ceux qui sont à l'intérieur de la grande salle voient apparaître Dolce, l'organisatrice. Elle s'adresse aux invités d'une voix claire et chantante.

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-Bienvenue à tous ! Comme chaque année, je vous remercie sincèrement d'avoir répondu présent à cette invitation ! Je suis ravie de pouvoir participer à cette nouvelle édition avec vous tous ! J'en profite également pour remercier ce délicieux Askem qui a encore désigné ma robe cette année ! Celle du gala de l'an dernier fait fureur dans sa boutique, quelle fierté !

Elle s'éclaircit la voix avant de continuer :

-Comme d'habitude, n'hésitez pas à passer entre les différents stands. Que ce soit seul, ou... Accompagné ! En effet, cette année j'ai fait appel à une superbe woltarienne pour aider les personnes seules à trouver un partenaire pour cette soirée.

Elle fait signe à quelqu'un de la rejoindre sur scène. Une woltarienne rouge vient se camper à ses côtés alors que la maîtresse de cérémonie continue :

-Merci Sheryl pour ton aide précieuse durant ce jumelage ! Je n'aurais pas pu y arriver seule, et j'espère que les jumelés en question auront trouvé leur partenaire !

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D'un regard complice, Sheryl s'écarta pour laisser à nouveau Dolce parler.

-Bien ! Je ne vais pas plus vous embêter. Vous trouverez en divers endroits le programme des différents spectacles. Je ne viendrai plus vous embêter entre chaque numéro comme les deux éditions précédentes. Je ne voudrais pas voler la vedette à nos artistes ! Sur ce, passez une excellente soirée, et nous nous retrouverons à minuit pour le compte à rebours et le tirage de la grande tombola !

Ayant dit, elle descendit de la scène, sous quelques applaudissements auxquels elle répondit par un sourire chaleureux.

Les invités festoyaient au banquet installé pour l'occasion alors que la salle s'assombrit. Les trois coups retentissent, et le rideau s'ouvre.
Le décor représente au tout premier plan de l'eau argentée qui bouge de gauche à droite et bas en haut, et derrière la proue d'un bateau ancré. Sur le bateau, deux woltariens : le capitaine, un woltarien bleu, âgé, et une woltarienne violette à ses côtés, affublée d'une canne et de lunettes. Les deux observent la mer, un verre de whiskey à la main.

— Capitaine, nous avons traversé ensemble les océans, les tempêtes et les orages. Vous êtes l'homme en qui j'ai le plus confiance.

— J’en suis honoré, madame.


Elle boit une gorgée de son verre.

— Si aujourd'hui, je vous demandais une chose absolument impossible, et que vous deviez me faire une confiance absolue, le feriez-vous ?

Son air devient grave. Le capitaine semble un peu mal à l'aise.

— Je suppose, oui.

— Dans ce cas, promettez de faire ce que je vous demande et n'essayez de m'en empêcher, sous aucun prétexte.


Un petit silence.

— Je le promets.

Elle se relève.

— Avant tout, je vais vous raconter mon histoire.

Face au public, la woltarienne violette ressasse son passé. Née soixante-dix ans plus tôt, elle avait toujours rêvé de naviguer, comme son père. Ce fut son cadeau pour ses douze ans, lorsque son père l' autorisa à venir à la pêche avec lui, sur son magnifique bateau. Mais alors qu'elle se pencha au-dessus de la proue pour observer le fond de l'eau, elle remarqua une ombre immense, que son père n'arriva jamais à voir. C'était le K, un monstre mythique qui ne se montrait qu'à la proie qu'il chassait. Son père la ramena aussitôt sur la terre ferme et l'empêcha de monter à nouveau sur un bateau.
Lorsque son père mourut, elle reprit l'affaire familiale (sa mère n'avait pas été mise au courant), et elle continua à pêcher, faisant prospérer l'entreprise et gagnant plus que son père n'aurait jamais imaginé. Mais la présence du K, perpétuelle, l'empêchait de profiter de cette fortune et la renommée qui venait avec. Dès qu'elle posait pied sur terre, elle ne pensait qu'à retourner sur la mer, et dès qu'elle y était, elle ne songeait qu'à la menace du K.

— Mais voici, Capitaine. Je suis à présent vieille, j'ai usé mes années à fuir sans profiter de mes années. J'ai gagné des fortunes mais n'en ai jamais jamais profité. Je n'ai jamais connu de mari, d'enfants, de répit, je n'ai connu que l'éternelle fuite face à ce monstre qui me ramenait sans cesse à lui. Vous m'avez fait une promesse plus tôt, Capitaine.

Le Capitaine comprend enfin la teneur du serment qu'il a fait. La woltarienne continue.

— Il m'a escortée d'un bout à l'autre du monde avec une fidélité que même le plus noble ami n'aurait pas témoignée. Maintenant je suis sur le point de mourir. Lui aussi doit être terriblement vieux et fatigué. Je ne peux pas tromper son attente.

Une chaloupe apparaît de derrière le bateau, et la woltarienne s'y installe, avec un harpon.

— Maintenant, je vais aller à sa rencontre ! Il est juste que je ne le déçoive pas. Mais je lutterai de toutes mes forces.

Quelques coups de rames, le bateau est tiré vers la gauche, disparaissant de la scène, et laissant seule la chaloupe au milieu des flots. Lorsque le bateau a complètement disparu, la woltarienne jette les rames dans l'eau, et un woltarien en costume noir sort des flots, avec une énorme gueule et un aileron dans le dos.

— Je me suis décidée à venir à toi, et maintenant, à nous deux ! Déclame la woltarienne en brandissant le harpon.

À sa surprise, le K lui répond d'une voix suppliante.

— Bouhouhou… Quel long chemin j'ai dû parcourir pour te trouver ! Moi aussi je suis recru de fatigue… Ce que tu as pu me faire nager ! Et toi qui fuyais, fuyais… dire que tu n'as jamais rien compris !

— Compris quoi ?
demande la woltarienne, piquée.

— Compris que je ne te pourchassais pas autour de la terre pour te dévorer comme tu le pensais. Le roi des mers m'avait seulement chargé de te remettre ceci.

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Et il dévoile une magnifique perle argentée, qui brille de mille feux sous le spot de lumière. La woltarienne la prend, la regarde, et comprend :

— C'est… C'est la Perle de la Mer, qui donne à celui qui la possède Fortune, Puissance, et Paix de l'âme… Hélas ! Il est trop tard désormais, quelle pitié… j'ai seulement réussi à gâcher mon existence et la tienne…

— Adieu, ma pauvre femme…


Et le K plonge à jamais dans les eaux sombres. La woltarienne considère la perle dans sa main.

— J'ai fui mon destin toute ma vie, refusant de l'affronter par peur des conséquences. Qui suis-je ? Qui ai-je été ? Comment pourrai-je le savoir, je ne peux me définir que par cette obsession et cette peur qui m'ont étreint toute ma vie. Si quelqu'un pouvait m'entendre, et malheureusement plus personne ne le pourra, je leur dirai de faire face à leur sort, qu'on ne gagne jamais à l'esquiver, car c'est seulement aujourd'hui, au crépuscule de ma vie, j'ai enfin la paix de l'âme que j'ai toujours recherchée.

La woltarienne s'asseoit dans le bateau, la perle toujours en main, et la jette à l'eau, pendant que le rideau se ferme.

(Adapté du K de Dino Buzzati)

Le rideau se rouvre quelques minutes plus tard, sur une woltarienne bleue. Un hologramme s'allume, laissant apparaître un woltarien qui lui ressemble trait pour trait. La jeune femme, que certains reconnaîtront comme Ebony, chanteuse du groupe Ed&Bony, plutôt reconnu sur Woltube. Son frère, Edwin, avait disparu quelques années plus tôt.

La jeune femme entonne une chanson pleine d'émotions, rongée par des sentiments qui ne demandaient qu'à sortir, accompagnée à la guitare par cet hologramme de son frère, dernière prouesse du centre technologique de Sétia.

Après avoir chanté son dernier couplet, les larmes aux yeux, elle s'incline simplement et disparaît de la scène alors que les rideaux de cette dernière se ferment, avant de se rouvrir, quelques minutes plus tard.

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Loona arrive sur scène la première, habillée d'une longue robe violette sombre. Elle adresse un sourire au public avant de se tourner vers les coulisses avec un regard encourageant adressé à la personne qu'on ne voit pas encore.
La jeune Lux la rejoint alors d'un pas hésitant dans une longue robe simple couleur émeraude.

Les deux woltariennes gagnent ensemble le centre de la scène où un piano a été installé. La jaune indique à la plus jeune de s'installer sur un des tabourets avant de s'assoir sur le sien. Toute la scène se passe en silence, avec seulement le chuchotement de quelques spectateurs.

A nouveau, les deux femmes se regardent et après un mouvement de tête presque imperceptible de Loona, Lux pose ses mains sur le clavier.
La beige inspire avant de commencer à jouer les premières notes du morceau. Loona la rejoint pour accompagner la mélodie dans un morceau joué à 4 mains. L'harmonie est parfaite, le talent de Lux accompagné de la maîtrise de Loona. On aurait pu croire que les deux musiciennes jouaient ensemble depuis des années.

Les dernières notes de piano s'éteignent doucement, résonnant encore un peu dans la salle. Le silence s'installe comme si la magie flottait encore, avant que les premiers applaudissements retentissent petit à petit pour gagner toute la salle.
Loona se lève, invitant Lux à faire de même.
La jaune et la beige saluent ensemble leur public avant de regagner discrètement les coulisses.

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...

C'est l'instant. Toute l'énergie de la foule s'est transformée en un silence pesant, un vide parfait où l'attention est concentrée sur la scène. La musique se lance. Une réinterprétation plus sombre, plus dramatique d'un classique de l'enfance de Felix, qui l'a accompagné dans bien des moments difficiles.

Un voile blanc s'étend sur la scène, éthéré, élégant, et rapidement il laisse place au danseur. La musique l'enveloppe comme si elle ne faisait qu'un avec lui. Elle le porte à travers une chorégraphie simple, qui semble couler de source, mais qui exige une précision et un travail immense.

Ses mouvements ne traduisent pas seulement une danse, ils essayent de raconter quelque chose de symbolique et de profond. Quelque chose que les gens ressentiraient dans leur corps, dans leur âme. Cette sensation d'être pris au piège, de se débattre. Puis d'être libéré par la musique.

La silhouette a l'air de flotter, de ne faire qu'un avec la scène et l'air qui l'entoure, à la fois ancrée au sol et lancée dans les airs. Le temps est suspendu, et la courte performance semble être à la fois infinie, et ne durer que le temps d'un battement d'aile de papillon.

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Quand la dernière note retentit et que le corps s'immobilise enfin, le temps reprend lentement son cours. Felix sourit alors que la salle plonge dans l'obscurité, et salue avec un enthousiasme presque enfantin lorsque les lumières se rallument.

Les rideaux sont refermés depuis longtemps, maintenant. Un moment passe, comme si quelque chose de phénoménal était en train d'être installé sur la scène intérieure.

Les lumières se tamisent, et le coeur de Gin s'emballe quand il sent l'heure de son spectacle approcher, museau pointant à peine depuis les coulisses. La foule, les woltphones qui clignotent, l'ambiance électrique du gala... toute cette immense responsabilité le frappe en pleine poitrine comme un sac de briques. Respire. Respire, se rappelle-t-il à mi-voix.

Et puis, son nom est appelé. Le morceau musical démarre, tout doucement, mixé par les soins d'Ido, son coach venu tout droit de Kasihonjō et dont le rose avait fait la connaissance... "opportune", au moment "opportun" pour enfin oser se lancer dans ce rêve de toujours. Cette passion inassouvie pendant si longtemps. Cet unique désir glorieusement impossible, pour lequel il ne lâcherait jamais prise...

Le patinage artistique.

Gin s'élance comme une flèche hors des coulisses et sur la scène montée d'une piste de glace rien que pour lui. Il n'entend ni les applaudissements, et la musique - à peine un bruit de fond sous les battements furieux du sang à ses tempes. Pourtant, son coeur est... étrangement calme. Son premier saut axel est un sans faute. La foule glapit, impressionnée. Et cette première réussite, ces premiers regards pétillants qu'il croise dans la foule le plongent dans une transe extatique, qui s'empare de son corps tout entier.

Gin ? Gin n'est plus. A la place, une biche aussi délicate que féroce se déchaîne sur la scène. Les éclats de glace virevoltent sous les lames de ses patins. Frrrsh ! Frrrrrsh ! Les strass dorés de son costume s'enflamment tels des larmes de feu sous l'unique spotlight braqué sur son sillage. Son maquillage pailleté rend son regard encore plus profond, et intense quand il le porte sur la foule... qu'il ne voit plus.

Gin a transcendé la foule. Le gala. Setia. Ce plan astral.

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Quand la musique s'arrête, le jeune mâle est ramené sur la terre ferme aussi brutalement que douloureusement. Son coeur cogne contre ses côtes. Le souffle lui manque, ses poumons gonflés remontant dans sa gorge. Ses larmes coulent à flots; des petites rivières de paillettes qui glissent, toutes chaudes encore, sur ses joues lisses, finissant dans les petites moustaches effilées qui, malgré la maladie génétique dont il était souffrant, avaient poussé au fur de sa vie sans jamais atteindre la quantité foisonnante d'un "vrai woltarien".

Gin hoquète.
Crache.
Pleure.
Oreilles battant en folie pendant que ses doigts lacèrent sa poitrine, le tissu fin de son costume brillant.
Ressent tout l'éventail d'émotions longtemps réprimées et enfin libérées.
Et une viscérale agonie de ne pouvoir aller plus loin, ou plus longtemps; de ne pouvoir plonger dans cette transe extatique encore une fois. La faute au morceau de musique trop court, et la faute tout simplement aux limitations physiques de son corps de woltarien.

Avant de patiner en direction des coulisses, Gin redresse son petit menton tremblotant encore, et remercie le public en portant ses pattes à sa poitrine.

"Merci, merci... merci..." répète-t-il à mi-voix, sous les applaudissements enjoués, et quelque peu émus de certains spectateurs. Un dernier hochement de tête. Un dernier remerciement, du fin fond de son petit coeur comblé, pour la première fois de sa vie. Et puis, enfin, Gin patine tout doucement hors de la scène. À jamais... transformé par l'expérience.

Un carillon annonça l'arrivée du dessert. Encore une fois, ce dernier fût servi par Leila Blossom, pâtissière reconnue. Un immense gâteau fait son apparition, présenté par la cheffe. Lorsque les invités goûtent enfin à la création de Leila, un murmure de surprise parcourt les tablées. Sous le glaçage étincelant d'or et d'argent se cachait une dacquoise à la noisette d'une finesse absolue, dont le croquant au praliné contrastait avec la légèreté d'une crème infusée au champagne. C’était une explosion de saveurs à la fois chaleureuses et festives, une véritable signature de la "Blossom" qui marquait son grand retour à Sétia.

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